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PRÊT-À-PORTER PRINTEMPS-ÉTÉ 2013
PAR ELISABETH QUIN

Avec la collection Printemps-Eté 2013 présentée au Grand Palais, Chanel fait un peu plus qu’une proposition de mode : c’est presque une proposition de société qui a défilé mardi matin au milieu d’un champ d’éoliennes!

Légèreté, naturel, jeunesse folle, mobilité, luxe sans ostentation, empathie avec les autres, inventivité, une façon ludique de signifier en cet automne 2012 : à bas les énergies et la mode fossiles !

La Maison Chanel épouserait-elle les thèses de l’essayiste américain Jeremy Rifkin, le théoricien de la troisième révolution industrielle qui plaide pour la mise en place d’une économie décarbonée ?

De fait, les modèles présentés exultaient de fraîcheur, de couleurs : violet pour un ensemble pantalon et veste manches 3/4 avec galon vert émeraude, bleu Klein pour un tailleur et une robe floue, rose et mauve pour un ensemble robe et pantalon en satin, rouge carmin pour un manteau mi-long ample en cuir souple, sable pour une micro-robe bustier en agneau plongé, marron glacé pour une succession éblouissante de robes du soir jouant sur les effets de matelassage, de transparence, de fluidité.

Le tweed emblématique de la Maison, mais multicolore, tour de force textile, fut une apothéose chromatique, ravissant sur un ensemble robe boule et haut à manches gigot signées par une bordure fuchsia, explosif dans une version ultra-colorée sur un luxueux et affolant ensemble short-veste à manches bouffantes ou une robe ample et courte, aux manches 3/4, brodée de paillettes mordorées à mi-cuisses («une étrange couleur bronze dorée», ainsi Homère décrit il dans l’Odyssée l’ile de Stromboli, royaume d’Eole...). Forte impression rétinienne procurée par ce tweed aux mille couleurs de l’été...

Du blanc, enfin, sur des cols Claudine chers à Gabrielle Chanel, des cols Pierrot, ou un noeud de belle enfant sage posé devant une robe à encolure ronde, une robe polo en tweed et popeline blanche, pour une néo-Suzanne Lenglen à Eden Roc, du blanc encore avec cette série du soir, un soir d’été frais comme un sorbet, ô combien raffiné : des robes bustier blanches, deux courtes et trois longues, en résille ou piqué, brodées de fleurs de rhodoïd ou de cabochons de perles.

La silhouette de l’été 2013 est longiligne (merveilleuse utilisation de la résille noire pour un ensemble pantalon aussi élégant que graphique et sensuel) , flirtant avec l’androgynie, inscrite à jamais dans l’ADN de la femme Chanel; le torse est menu, parfait pour les robes bustier, temps fort de la grammaire de cette collection, pour les mini-boléros et les micro-vestes; symétriquement, les jambes n’en finissent pas, exaltées par des micro-shorts et mini-jupes, chevilles valorisées par les robes- boule.

Les accessoires conjuguent l’intemporel Chanel et la modernité: bracelets et colliers de perles, profusion de perles à effet «caviar», capelines immenses à bords transparents en plastique coloré.

Décidément oui, Karl Lagerfeld a dessiné et créé une silhouette, une femme toujours plus jeune, plus impétueuse et allurée, qu’«un flux de zéphyr, un vent portant» (Homère) mènera sans faille vers l’été.

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