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Friday, July 6, 2012

HAUTE COUTURE AUTOMNE-HIVER 2012/13
PAR ELISABETH QUIN

Révolution de Palais !

Impressionnante verrière de 1200 mètres carrés inaugurée lors de l’Exposition Universelle de 1900 (à cette date, Coco Chanel avait 17 ans, elle était encore pensionnaire à l’Abbaye Cistercienne d’Aubazine en Cocorrèze, et elle maniait déjà savamment l’aiguille), le Salon d’Honneur du Grand Palais n’avait pas servi depuis cent ans et Karl Lagerfeld jubilait à l’idée de faire découvrir mardi 3 juillet ce trésor caché transformé pour l’occasion en jardin fantasmagorique de ville d’eaux. Fauteuils en osier blanc, murs gris pâle, dallage anthracite, citronnades et petits fours, ciel pommelé en trompe-l'œil au plafond, l’ambiance avait quelque chose de très romantique, de très désuet, et de merveilleusement civilisé. Résurgence d’un monde proustien ou thomasmannien, un monde de rêve.

Raffinement supplémentaire, les couleurs de la collection empruntaient à la palette de Marie Laurencin, rose et gris. Impossible de ne pas se remémorer La jeune femme à l’écharpe, La femme au foulard, Domenica ou encore Les Biches, ces deux derniers tableaux conservés au Musée de l’Orangerie, devant ces silhouettes fluides, longilignes, ces envolées de mousselines, cette féminité vaporeuse, délicate à laquelle une androgynie chère à Coco Chanel évite la mièvrerie, confirme l’insolente modernité.
Qu’est-ce que ce New Vintage, cet oxymore qui amuse Karl Lagerfeld?

Une façon de dire l’historicité de la Maison et de la collection qui se souviennent avec maestria des années 10, col claudine d’organza blanc et robe évasée en velours noir en hommage à Colette; des années 20, taille basse, hanches étroites, ligne rigoureuse, amour du lamé; des années 60 aux audaces chromatiques résolument pop, tel ce rose malabar sur un époustouflant tailleur, ce jaune poussin; des années 70, pantalons amples et blouses bouffantes à lavallières, ceinturons à cabochons, gandouras de gypsies chics aux profondes encolures en V, dos nu enchâssant les reins, rarissime chez Chanel; début des années 80 avec l’ère glitter, collants irisés.

Succession de clins d’œil à l’intérieur d’une collection magnifique et si cohérente, pour laquelle on dégainerait bien un oxymore de temps de crise, une collection luxueusement simple. Car si la silhouette est simple, sans ostentation ni extravagance, sans bijoux ni accessoires, sauf ces longues manchettes de cuir ultra-fin, précieuse touche gothique, les matières, les détails sont affolants d’opulence et de luxe.

Broderies (ah, ces motifs sophistiqués de laine angora, micro-tubes roses nacrés, toupies de strass, mini-fleurs de trèfle sur du tulle) ! Compositions arachnéennes élaborées par le plumassier Lemarié, du presque invisible long manteau de tulle blanc rebrodé de fines plumes formant des cœurs jusqu’à la miraculeuse robe de mariée, sa jupe de plumes et son col montant de plumes lui aussi! Robes du soir brodées de rubans de mousseline virginale parsemées de camélias roses pâles ! Vrais et faux tweeds brodés, au moelleux inouï, travaillés en somptueux cabans du soir manches 3/4 très désirables, en tailleur noir et blanc, en robe-manteau noire mate et brillante à la fois ! Enfin, lamés bleu-rose et gris-rose avec glissements progressifs du bleu vers un coucher de soleil grenadine, du gris vers une aube glorieusement rose, tout droit sortie de la palette de… Marie Laurencin.

En 1922, deux ans avant que Laurencin ne peigne ses Biches, Marcel Proust mourait. « Les modes changent, étant nées elles-mêmes du besoin de changement » peut-on lire dans A l’ombre des jeunes filles en fleurs.

Chanel et le New Vintage, ou le Temps retrouvé !

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