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fall-winter-show

DÉFILÉ PRÊT-À-PORTER
PAR ELISABETH QUIN

Après le chic-champêtre de la collection Printemps-Été, Chanel met le cap sur le grand nord pour l'hiver prochain ! Ce fut un grand « show et froid » sous la verrière du Grand Palais ! Des blocs de glace taillés en icebergs, le sol couvert d'une fine pellicule d'eau bleutée aux couleurs des fjords, et un prologue follement humoristique avec irruption de yétis mâles et femelles, avançant pacifiquement dans des combinaisons à capuches en fausse fourrure. Réchauffement planétaire et météo saisonnière plus contrastée, optimisme de sortie de crise, générosité et goût du jeu, enfin volonté de revisiter les codes et la grammaire du prêt-à-porter maison avec humour, fantaisie et modernité : l'ambition de Karl Lagerfeld embrasse toutes ces données, sa collection est luxueuse, désirable, portable !
La fourrure est omniprésente, une fourrure « de fantaisie », appellation contrôlée inventée par Karl, bien plus élégante que « fausse » ou « synthétique » ! Ourlant le bas des vestes et des longs manteaux blancs comme des tableaux de Robert Ryman, la fourrure termine avec esprit des robes blanches, « robes de crépuscule » qui scintillent du même éclat qu'une cime enneigée dans le soleil de six heures du soir. Le tweed emblématique de Chanel est tricoté avec la fourrure, créant d'étourdissants effets de matières qui évoquent la roche, la mousse, le duvet d'un oiseau des neiges, le ventre d'un ours polaire.
Impressionnant, le manteau en maille et fourrure sculptée en forme de tablettes de chocolat ! Les vestes de tailleurs sont brodées de barrettes de cristaux étincelants, une robe couleur cerise est ornée de franges « stalactites ». La collection est au-dessus du genou, la silhouette tonique mais voluptueuse, c'est l'effet protecteur de la fourrure. Les bottes en poils aux talons-glaçons, les bottines blanches avec leurs judicieux sur-chaussons transparents font descendre le concept d'après-ski en ville ! Irrésistibles, les pantalons étroits en fourrure de fantaisie, donnant un je-ne-sais-quoi d'androgyne à cette silhouette si féminine. La collection file avec un brio enchanteur la métaphore d'une Reine des Neiges audacieuse, ultra-contemporaine, qui transforme les glaçons en minaudières, les flocons givrés en plastrons de lumière, et assume le précieux paradoxe d'un soir blanc pur avec des robes immaculées en tulle, maille et dentelle brodées de flocons éphémères aux traînes rêveuses pour nuits polaires qui ne verraient jamais le jour se lever....

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