
Le Questionnaire littéraire de
Suzy Bemba
Le Questionnaire littéraire de
Suzy Bemba

L’actrice et amie de la Maison Suzy Bemba évoque les autrices qui l’inspirent et revient sur la manière dont la littérature permet de repenser le monde.
L’actrice et amie de la Maison Suzy Bemba évoque les autrices qui l’inspirent et revient sur la manière dont la littérature permet de repenser le monde.
Votre vie vous permet-elle de lire comme vous le souhaitez ?
Pas assez. Il est facile de se promener avec un livre sur les plateaux et d’en profiter entre les prises, mais je n’en ai pas pris l’habitude. Lorsque j’ai du temps libre, la lecture arrive comme une pause et non comme une activité, c’est particulier. Mon travail implique malgré tout la lecture de narrations, d’intrigues, et cela avant, pendant et même après le tournage. Mon rapport aux scénarios est particulier. J’accorde tellement d’importance aux mots retenus pour décrire les personnages et raconter les histoires.
Y a-t-il un livre qui vous a aidé à conduire votre vie ?
Le recueil de lettres Decolonial Daughter: Letters from a Black Woman to her European Son de Lesley-Ann Brown.
Quel est le livre le plus éprouvant que vous ayez jamais lu (pour toutes sortes de raisons : écho personnel, livre réaliste difficile, livre sur la guerre ou livre violent...) ?
Beloved de Toni Morrison, inspiré de l’histoire réelle d’une jeune esclave qui a commis l’infanticide pour préserver son enfant de cette condition et qui s’en retrouve hantée. Ce récit m’a tenue en haleine et désarmée. À travers ces pages, Toni Morrison dépeint une réalité violente et inhumaine qu’ont vécu les esclaves noirs aux États-Unis. De par son style narratif particulier et son intrigue tragique et crue, ce livre m’a éprouvée et retourné l’esprit.
Quel est le livre le plus libérateur que vous ayez lu ?
Je ne sais pas si c’est le plus libérateur, mais récemment le livre Noir : Entre peinture et histoire de Naïl Ver-Ndoye et Grégoire Fauconnier m’a ouvert une porte. En s’appuyant sur trois cents œuvres de l’art pictural, ce livre donne son interprétation d’un pan de l’histoire du peuple noir à travers la représentation des Noirs dans la peinture européenne du XIVe au XXe siècle. Ce livre m’a permis à chaque commentaire d’œuvre de me familiariser encore plus avec l’histoire du peuple noir via des analyses appuyées sur des références bibliographiques et cinématographiques donnant toujours plus de ressources et attisant grandement ma curiosité. Ce livre est comme une anthologie retraçant la représentation du peuple noir et du regard porté sur lui au travers des siècles. Il m’a bouleversée, tant sur la représentation du corps noir dans les peintures que sur l’immensité de l’histoire du peuple noir auquel j’appartiens, que sur l’invisibilisation et la stéréotypisation du corps noir dans l’art. Il a aussi attisé mon désir d’aller au musée, de me retrouver face aux œuvres, et m’a fait découvrir des auteurs traitant de l’histoire du peuple noir. Il m’a permis d’approfondir mes réflexions sur les questions de représentions qui sont des réflexions primordiales lorsqu’on participe à la production d’images, quelles qu’elles soient.
« Ça n’est pas tant la forme du roman qui m’attire que le rapport qu’a le livre à la représentation et sa capacité à m’apporter de nouveaux angles de réflexions sur des sujets qui me touchent. »
Quelle héroïne romanesque aimeriez-vous être ?
Enfant, j’étais émerveillée par Peau d’Âne. Aujourd’hui, Claudette Colvin dont j’ai découvert l’engagement dans le roman graphique de Tania de Montaigne Noire, La vie méconnue de Claudette Colvin.
Quel est l’endroit idéal pour lire ?
Je n’ai pas vraiment d’endroit idéal. J’aime lire seule, le matin ou tard le soir. Mon rapport au livre n’est pas lié à l’endroit mais au temps.
Êtes-vous plutôt roman d’amour ou roman d’aventures ?
L’un ne va pas sans l’autre. Mais ces derniers temps, ça n’est pas tant la forme du roman qui m’attire que le rapport qu’a le livre à la représentation et sa capacité à m’apporter de nouveaux angles de réflexions sur des sujets qui me touchent.
Préférez-vous les romans fleuves ou les récits courts ?
J’aime les deux. Cet été, j’ai apprécié lire un récit qui m’a accompagnée pendant plusieurs semaines.
Quel livre aimeriez-vous voir adapté au cinéma ?
Regarde les lumières mon amour d’Annie Ernaux.
Le titre d’un livre à offrir indéfiniment ?
La couleur des émotions d’Anna Llenas, un album jeunesse qui traite des émotions les plus primitives. J’aime l’idée qu’un album jeunesse nous parle tout au long de notre vie.
Notice Bibliographique
Noir : Entre peinture et histoire, Naïl Ver-Ndoye et Grégoire Fauconnier
Beloved, Toni Morrison
Noire, La vie méconnue de Claudette Colvin, Tania de Montaigne
Regarde les lumières mon amour, Annie Ernaux
La couleur des émotions, Anna Llenas

Notice Bibliographique
Noir : Entre peinture et histoire, Naïl Ver-Ndoye et Grégoire Fauconnier
Beloved, Toni Morrison
Noire, La vie méconnue de Claudette Colvin, Tania de Montaigne
Regarde les lumières mon amour, Annie Ernaux
La couleur des émotions, Anna Llenas

Credits
Naïl Ver–Ndoye - Grégoire Fauconnier, Noir - Entre peinture et histoire © Omniscience éditions, 2018
Toni Morrison, Beloved, © Christian Bourgois éditeur, 1989 et 2023, pour la traduction française
Roman graphique des Editions Dargaud adapté de Tania de Montaigne, Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin © Editions Grasset, 2015
Regarde les lumières mon amour © Annie Ernaux et Éditions Gallimard, 2016
La couleur des émotions Texte français : Traduction des Éditions Quatre Fleuves © Glénat Éditions 2014 Anna Llenas, El Monstruo de Colores © Flamboyant, 2012