Le Questionnaire littéraire de

Rebecca Marder

Rebecca Marder, pensionnaire de la Comédie-Française et amie de la Maison, se confie sur ses lectures de prédilection.

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Votre vie vous permet-elle de lire comme vous le souhaitez ?

Oui et j’ai beaucoup de chance car lire est une de mes passions depuis toujours. Selon les périodes je suis une lectrice plus ou moins assidue.
Je suis amenée, de par mon métier de comédienne (et surtout au théâtre), à lire beaucoup de pièces, de romans, parfois des biographies, livres historiques ou essais pour préparer certains rôles, en plus de ceux que je lis pour mon plaisir personnel.
C'est une joie assez rare et unique en travaillant à la Comédie-Française de pouvoir se plonger dans les grands textes. D’apprendre en permanence.

Y a-t-il un livre qui vous a aidé à conduire votre vie ?

À la conduire je ne sais pas mais il y a deux livres qui m’ont accompagnée car je les ai relus à des âges différents : “ Enfance ” de Nathalie Sarraute et “ Le chandelier enterré ” de Stefan Zweig.
Mon livre préféré est “ La cloche de détresse ” de Sylvia Plath.

Quel est le livre le plus libérateur que vous ayez lu ?

Je viens de lire “ Vivre avec nos morts ” de Delphine Horvilleur et c’est un livre qui m’a bouleversée.
C’est un livre libérateur puisqu’il nous rappelle et nous fait accepter que la mort fait partie de la vie. Un traité de paix et de consolation. J’ai une admiration sans borne pour cette femme d’une intelligence et d’une sagesse et qui sait redonner du sens à la vie.

“ C'est une joie assez rare et unique en travaillant à la Comédie-Française de pouvoir se plonger dans les grands textes. D’apprendre en permanence. ”

Quel est le livre le plus éprouvant jamais lu ?

La scène de la mort du cheval dans “ Crime et Châtiment ” est éprouvante mais c’est l’un des plus beaux livres qui existent.
Une lecture éprouvante est aussi une bonne lecture pour moi, car c’est incroyable que l’acte de lire puisse provoquer des sensations aussi fortes. C’est l’une des qualités et l'un des bonheurs de la lecture.

Quelle héroïne romanesque aimeriez-vous être ?

Il est dur de choisir UNE héroïne. J’aimerais pouvoir piquer leurs qualités et leurs histoires à beaucoup d’héroïnes, avec le privilège de pouvoir choisir de traverser ou non ce qu’elles traversent : des Russes, des Balzaciennes, des contemporaines, amoureuses dépendantes ou aventurières d’un autre siècle.
Je serais peut-être “ Nadja ” d’André Breton pour me balader et que la vie coule, “ parce qu'en russe c'est le commencement du mot espérance, et parce que ce n'en est que le commencement ”.

“ Une lecture éprouvante est aussi une bonne lecture pour moi, car c’est incroyable que l’acte de lire puisse provoquer des sensations aussi fortes. ”

Quel est l'endroit idéal pour lire ?

Il n’y a pas d’endroit idéal. C’est l’avantage du livre (bon sauf pour les dictionnaires ou les gros pavés compliqués à transporter).

J’aime beaucoup lire au lit mais cela en endort certain(e)s. Dans le métro ou le train, c’est idéal. Ou ma loge lorsque j’attends d’entrer en scène.

Êtes-vous plutôt roman d'amour ou roman d'aventures ?

Je suis plus roman d’amour que roman d’aventures. L’amour et ses aventures m’intéressent mille fois plus.

Préférez-vous les romans fleuves ou les récits courts ?

Cela dépend du roman ou du récit. Et encore une fois des périodes, du temps que je prends le droit de m’accorder pour lire. J’aime me plonger dans des romans fleuves (“ Belle du Seigneur ” d’Albert Cohen, “ Au-dessous du volcan ” de Malcolm Lowry) et j’aime pouvoir m’échapper vite et lire un récit ou une nouvelle (“ Le nez ” ou “ Les âmes mortes ” de Gogol, “ L’homme qui plantait des arbres ” de Giono).

Quel livre aimeriez-vous voir adapté au cinéma ?

J’aimerais voir adapté au cinéma mon livre préféré “ La cloche de détresse ” de Sylvia Plath, l'unique roman de cette grande poétesse au destin tragique. J’ai réussi, il y a deux ans, à en lire des extraits à la Comédie-Française, accompagnée de mon père qui jouait de la contrebasse et ponctuait avec ses notes, au fil de la lecture, les effrayantes étapes de l’escalade en haute solitude à l’hôpital que traverse l’héroïne.

Et “ La femme rompue ” de Simone de Beauvoir. Des histoires fortes de femmes où en tant que lecteur on entre complètement dans le cerveau, la pensée de la narratrice, grâce à deux écritures sublimes et narrations magiques.

Le titre d’un livre à offrir indéfiniment ?

“ Notre besoin de consolation est impossible à rassasier ” de Stig Dagerman.

Nathalie Sarraute, Enfance, © Éditions Gallimard, « Blanche », 1983.
Stefan Zweig, Le chandelier enterré, Traduction par Alzir Hella, © Éditions Grasset & Fasquelle, 1937.
Sylvia Plath, La cloche de détresse, traduit de l’américain par Michel Persitz. © Denoël, 1972.
Delphine Horvilleur, Vivre avec nos morts, © Éditions Grasset & Fasquelle, 2021.
Fiodor Dostoievski, Crime et châtiment, Traduit par Doussia Ergaz et Vladimir Pozner, 1995.
André Breton, Nadja, © Éditions Gallimard, « Blanche », 1928.
Albert Cohen, Belle du Seigneur, © Éditions Gallimard, « Folio », 1968.
Malcolm Lowry, Under the Volcano. Copyright © 1947 by Malcolm Lowry. Copyright renewed © 1975 by Margerie Lowry.
Nicolas Gogol, Le nez, traduit du russe par Bernard Kreise, © Mille Et Une Nuits / Fayard, 1998.
Nicolas Gogol, Les âmes mortes. Les aventures de Tchitchikov, Traduit par Henri Mongault, 1925.
Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres, ©Éditions Gallimard, « Blanche », 1996.
Simone de Beauvoir, La femme rompue, précédé de L'Âge de discrétion et de Monologue, © Éditions Gallimard, « Blanche », 1968.
Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Traduit du suédois par Philippe Bouquet, © Actes Sud, 1981.

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