
Les Rendez-vous littéraires
rue Cambon invitent
Léonora Miano
avec
Charlotte Casiraghi et Anna Mouglalis
Les Rendez-vous littéraires
rue Cambon invitent
Léonora Miano
avec
Charlotte Casiraghi et Anna Mouglalis

Pour la septième édition des Rendez-vous littéraires rue Cambon, CHANEL et Charlotte Casiraghi, ambassadrice et porte-parole de la Maison, invitent l’écrivaine Léonora Miano, accompagnée d’Anna Mouglalis, actrice et ambassadrice de la Maison.
Animée par l’historienne de la littérature Fanny Arama, cette conversation est dédiée au parcours singulier de l’écrivaine, et permet d’aborder son enfance au Cameroun ainsi que les prestigieux prix littéraires qui lui ont été décernés. Ensemble, elles évoquent le rôle que peut jouer la littérature dans une vie et la fonction émancipatrice de la maternité selon Léonora Miano.
Pour la septième édition des Rendez-vous littéraires rue Cambon, CHANEL et Charlotte Casiraghi, ambassadrice et porte-parole de la Maison, invitent l’écrivaine Léonora Miano, accompagnée d’Anna Mouglalis, actrice et ambassadrice de la Maison.
Animée par l’historienne de la littérature Fanny Arama, cette conversation est dédiée au parcours singulier de l’écrivaine, et permet d’aborder son enfance au Cameroun ainsi que les prestigieux prix littéraires qui lui ont été décernés. Ensemble, elles évoquent le rôle que peut jouer la littérature dans une vie et la fonction émancipatrice de la maternité selon Léonora Miano.

Léonora Miano
Née à Douala (Cameroun) en 1973, Léonora Miano est une grande voix de la littérature en langue française. Romancière, dramaturge et essayiste, elle est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages. Son œuvre explore les expériences subsahariennes ou afrodescendantes, singulières et universelles. Léonora Miano a reçu le prix Goncourt des Lycéens en 2006 pour Contours du jour qui vient (Plon), le Prix Seligmann contre le racisme en 2012 pour Écrits pour la parole (L’Arche), le prix Femina et le Grand Prix du Roman Métis en 2013 pour La Saison de l’ombre (Grasset). En 2020, l’Université de Lorraine, en collaboration avec l’Université de la Grande Région qui rassemble sept institutions universitaires européennes, crée le Prix littéraire Frontières-Léonora Miano en hommage à ses écrits et à ses engagements.
Léonora Miano a conçu et dirige la collection Quilombola chez Seagull Books, éditeur indépendant basé à Calcutta (Inde). Elle a fondé et dirige les éditions The Quilombo Publishing à Lomé (Togo).
© Académie Goncourt
Léonora Miano, Contours du jour qui vient, © PLON 2006.
© Prix Seligmann - Chancellerie des universités de Paris.
Léonora Miano, Écrits pour la parole, © Éditions de l'Arche, 2012.
© Prix Femina
© Grand Prix du Roman Métis.
Léonora Miano, La Saison de l’ombre © Éditions Grasset & Fasquelle, 2013.
© 2012 Université de Lorraine.
© Université de la Grande Région
© Prix littéraire Frontières-Léonora Miano.
© Seagull Books.
© The Quilombo Publishing.
Écouter Le Rendez-vous Littéraire en intégralité
Léonora Miano,
l’hyper contemporaine
Au commencement était le jazz :
« Parler toutes les langues grâce à la musique. C’était cela, son rêve inavoué. »
Léonora Miano, née à Douala au Cameroun en 1973, mentionne à cet égard la collection de disques de son père ainsi que les cours de chant qu’elle prit avec la chanteuse et compositrice Michele Hendricks. Sa voix d’écrivaine porte en elle le cri vital du blues célébré par ses aînés, mais également la structure circulaire de cette musique et de ses sources – spirituals, récitals – qui informe ses premiers romans comme L’Intérieur de la nuit (2005), Contours du jour qui vient (2006) ou Tels des astres éteints (2008). Auteure d’une vingtaine d’ouvrages, elle affirme dans chacun d’entre eux une éthique de l’écriture qui imprime dans l’esprit du lecteur le sentiment de sa responsabilité, de manière à la fois audacieuse, poétique et visionnaire.
Écrire le blues
Lire un roman de Léonora Miano pour la première fois a quelque chose de déstabilisant, tant la voix et le comportement de ses personnages touchent à la poésie pure, à la saisie musicale du monde. Ses héros et ses héroïnes sont souvent malmenés par des conditions d’existence difficiles, voire impossibles, qu’ils traversent cahin-caha, pour parvenir à la lumière. Ses premiers romans (L’Intérieur de la nuit, 2005 ; Contours du jour qui vient, 2006 et Les aubes écarlates : Sankofa cry, 2009) sont autant de traversées de la douleur, contées par de jeunes êtres appréhendant la violence du monde à travers le prisme de leur stupéfaction, de leur impatience et de leur jeunesse.
Le premier tome de Crépuscule du tourment sonde les valeurs et les décisions de quatre femmes autour d’un seul et même homme qu’elles chérissent en mère, en sœur, en amante, en épouse. Le deuxième volume adopte le point de vue masculin et expose les gouffres d’Amok, dont l’auteure déplie les contradictions et les hantises mal réprimées. Dans ce roman comme dans les autres, le silence des anciens sur les troubles du passé est systématiquement un frein à l’émancipation des personnages. L’incommunicabilité entre Madame et sa mère Camilla dans Crépuscule du tourment augure des plus rageantes incapacités. L’absence de lien entre la jeune Ayané, ayant passé une grande partie de sa jeunesse en France, avec les siens en Afrique dans L’Intérieur de la nuit produit un sentiment d’étrangeté persistant. Dans Stardust, Louise ne s’adresse pas à ses parents et n’a que des interrogations vis-à-vis de sa famille à laquelle elle doit son isolement en France…
Stardust, le dernier roman paru de Léonora Miano mais le premier écrit, est son œuvre la plus personnelle, la plus autobiographique, et sans doute pour cette raison, la plus tendre. Elle y livre un moment critique de son existence, quand, sous les traits de Louise, elle dut affronter la précarité, l’insécurité, l’agressivité d’autrui, tout en incarnant pour sa fille d’à peine un an, un monde riche de promesses et d’espoirs :
« Pour sa fille, elle refuse. Les déterminismes. Les conditionnements. Elle ne veut lui donner que des choix. Qu’elle soit libre. »
Au fur et à mesure que les obstacles s’accumulent, que sa solitude s’amplifie, que les vaincus l’entourent – ce sont souvent des femmes –, l’écriture apparaît comme le moyen le plus sûr d’embrasser la rudesse du monde avec fermeté et respect. On se demande alors à quelle occasion a bien pu naître la bienveillance et la générosité de Léonora Miano envers le monde qui n’a jamais fait que lui montrer ses crocs : alors qu’elle était encore enfant ? À l’écoute d’une romance de Sarah Vaughan, qu’elle vénérait adolescente ? Au fil des épreuves de la vie ? Au contact du grain doux de la page blanche ?
Conçue à la fois comme une sortie du silence et comme une prière vis-à-vis des générations à venir, l’œuvre de Léonora Miano se fait acte et pose l’écriture comme condition première des révolutions intime, politique et sociale. Ses romans se présentent comme des fables et touchent à la fois, par l’universalité des enjeux abordés, au mythe le plus stylisé et au réalisme le plus circonstancié et le plus brut. Ce tour de force est celui de tous les grands romanciers, qui surent poser les questions les plus difficiles et les plus vitales – comment vivre ? comment agir ? comment aimer ? pourquoi renoncer ? – et ce, à travers la peinture de destinées communes.
Triompher de l’ombre
Les nombreux essais et écrits pour le théâtre de Léonora Miano abordent des questions relatives à la multiplicité des origines, aux relations qu’entretiennent l’Afrique et l’Occident et aux représentations culturelles produites par ces relations. Si Léonora Miano souhaite que le monde change son regard vis-à-vis de l’Afrique subsaharienne, c’est dans le sens d’une plus grande connaissance de ce territoire et avec l’objectif de rendre leur souveraineté aux discours de ceux qui le peuplent. C’est dans cette perspective qu’elle a fondé, il y a quelques années, The Quilombo Publishing, une maison d’édition établie à Lomé, au Togo, dont les diverses collections explorent la culture subsaharienne dans ses formes orales et écrites, fictionnelles et théoriques. Sa prise de parole en tant que romancière et essayiste se révèle indissociable du fait de mettre en lumière une génération d’écrivains et de conteurs dont les récits ont pendant trop longtemps constitué une zone périphé- rique du discours social et littéraire circulant en Afrique et en Occident. Léonora Miano restitue à la place qu’elle mérite une littérature vivante, ultra contemporaine, et entend pour ce faire réévaluer les discours d’une opinion publique trop sûre d’elle-même et de ses valeurs.
Dans Afropea : Utopie post-occidentale et post-raciste, Léonora Miano examine et déconstruit les mots piégés tels que la « nation », l’« Afrique », le « noir » et fait voler en éclats des valeurs de référence comme l’appartenance ou le pouvoir, qui minent les débats contemporains. Elle élargit les bornes de notions capitales comme la liberté, le féminisme ou la justice. Elle revendique le mélange et enjoint de cesser de sommer les êtres humains de choisir entre plusieurs possibles. Et comme « il y a toujours, dans le soubassement de la phrase, une multitude d’autres langues », elle requiert d’habiter la frontière, parce que résident forcément, en chacun d’entre nous, des ancêtres innommés aux destinées douloureuses, aux décisions contradictoires, et aux silences écrasants.
Les questions qu’elle pose dans des textes plus poétiques mais toujours politiques comme dans Ce qu’il faut dire sont implacables et indispensables :
« Comment fraterniser.
Quand les héros des uns sont les bourreaux des autres. » ?
Dans L’autre langue des femmes, elle affirme la nécessité de l’auto-détermination des femmes sub- sahariennes, trop longtemps contraintes de choisir entre l’exemple occidental ou oriental. À travers le portrait d’une multitude de personnalités féminines et de mou- vements locaux, elle enjoint le lecteur à écouter – enfin – et à s’inspirer de parcours de femmes « ne se définissant pas à travers l’action négative d’autres sur elles, et n’at- tendant pas d’avoir des modèles pour inventer leur vie ».
L’écriture de Léonora Miano allie un franc-parler redoutable à une profondeur poétique aux dimensions tragiques, sans pathos ni sentimentalisme. Elle triomphe d’une double faculté de considérer le sens du monde comme il va, avec, tout à la fois, la rigueur d’un regard clinique et la chaleur d’une éthique humaniste et altruiste. Léonora Miano n’envisage pas la liberté comme un mouvement ascendant, de bas en haut, qui verrait cruellement s’éloigner le visage diminué de l’autre abandonné en bord de route, mais comme un geste vers l’extérieur, où la justice exigerait de ne jamais exclure ou marginaliser pour se définir ou s’affranchir.
Léonora Miano,
l’hyper contemporaine
Au commencement était le jazz :
« Parler toutes les langues grâce à la musique. C’était cela, son rêve inavoué. »
Léonora Miano, née à Douala au Cameroun en 1973, mentionne à cet égard la collection de disques de son père ainsi que les cours de chant qu’elle prit avec la chanteuse et compositrice Michele Hendricks. Sa voix d’écrivaine porte en elle le cri vital du blues célébré par ses aînés, mais également la structure circulaire de cette musique et de ses sources – spirituals, récitals – qui informe ses premiers romans comme L’Intérieur de la nuit (2005), Contours du jour qui vient (2006) ou Tels des astres éteints (2008). Auteure d’une vingtaine d’ouvrages, elle affirme dans chacun d’entre eux une éthique de l’écriture qui imprime dans l’esprit du lecteur le sentiment de sa responsabilité, de manière à la fois audacieuse, poétique et visionnaire.
Écrire le blues
Lire un roman de Léonora Miano pour la première fois a quelque chose de déstabilisant, tant la voix et le comportement de ses personnages touchent à la poésie pure, à la saisie musicale du monde. Ses héros et ses héroïnes sont souvent malmenés par des conditions d’existence difficiles, voire impossibles, qu’ils traversent cahin-caha, pour parvenir à la lumière. Ses premiers romans (L’Intérieur de la nuit, 2005 ; Contours du jour qui vient, 2006 et Les aubes écarlates : Sankofa cry, 2009) sont autant de traversées de la douleur, contées par de jeunes êtres appréhendant la violence du monde à travers le prisme de leur stupéfaction, de leur impatience et de leur jeunesse.
Le premier tome de Crépuscule du tourment sonde les valeurs et les décisions de quatre femmes autour d’un seul et même homme qu’elles chérissent en mère, en sœur, en amante, en épouse. Le deuxième volume adopte le point de vue masculin et expose les gouffres d’Amok, dont l’auteure déplie les contradictions et les hantises mal réprimées. Dans ce roman comme dans les autres, le silence des anciens sur les troubles du passé est systématiquement un frein à l’émancipation des personnages. L’incommunicabilité entre Madame et sa mère Camilla dans Crépuscule du tourment augure des plus rageantes incapacités. L’absence de lien entre la jeune Ayané, ayant passé une grande partie de sa jeunesse en France, avec les siens en Afrique dans L’Intérieur de la nuit produit un sentiment d’étrangeté persistant. Dans Stardust, Louise ne s’adresse pas à ses parents et n’a que des interrogations vis-à-vis de sa famille à laquelle elle doit son isolement en France…
Stardust, le dernier roman paru de Léonora Miano mais le premier écrit, est son œuvre la plus personnelle, la plus autobiographique, et sans doute pour cette raison, la plus tendre. Elle y livre un moment critique de son existence, quand, sous les traits de Louise, elle dut affronter la précarité, l’insécurité, l’agressivité d’autrui, tout en incarnant pour sa fille d’à peine un an, un monde riche de promesses et d’espoirs :
« Pour sa fille, elle refuse. Les déterminismes. Les conditionnements. Elle ne veut lui donner que des choix. Qu’elle soit libre. »
Au fur et à mesure que les obstacles s’accumulent, que sa solitude s’amplifie, que les vaincus l’entourent – ce sont souvent des femmes –, l’écriture apparaît comme le moyen le plus sûr d’embrasser la rudesse du monde avec fermeté et respect. On se demande alors à quelle occasion a bien pu naître la bienveillance et la générosité de Léonora Miano envers le monde qui n’a jamais fait que lui montrer ses crocs : alors qu’elle était encore enfant ? À l’écoute d’une romance de Sarah Vaughan, qu’elle vénérait adolescente ? Au fil des épreuves de la vie ? Au contact du grain doux de la page blanche ?
Conçue à la fois comme une sortie du silence et comme une prière vis-à-vis des générations à venir, l’œuvre de Léonora Miano se fait acte et pose l’écriture comme condition première des révolutions intime, politique et sociale. Ses romans se présentent comme des fables et touchent à la fois, par l’universalité des enjeux abordés, au mythe le plus stylisé et au réalisme le plus circonstancié et le plus brut. Ce tour de force est celui de tous les grands romanciers, qui surent poser les questions les plus difficiles et les plus vitales – comment vivre ? comment agir ? comment aimer ? pourquoi renoncer ? – et ce, à travers la peinture de destinées communes.
Triompher de l’ombre
Les nombreux essais et écrits pour le théâtre de Léonora Miano abordent des questions relatives à la multiplicité des origines, aux relations qu’entretiennent l’Afrique et l’Occident et aux représentations culturelles produites par ces relations. Si Léonora Miano souhaite que le monde change son regard vis-à-vis de l’Afrique subsaharienne, c’est dans le sens d’une plus grande connaissance de ce territoire et avec l’objectif de rendre leur souveraineté aux discours de ceux qui le peuplent. C’est dans cette perspective qu’elle a fondé, il y a quelques années, The Quilombo Publishing, une maison d’édition établie à Lomé, au Togo, dont les diverses collections explorent la culture subsaharienne dans ses formes orales et écrites, fictionnelles et théoriques. Sa prise de parole en tant que romancière et essayiste se révèle indissociable du fait de mettre en lumière une génération d’écrivains et de conteurs dont les récits ont pendant trop longtemps constitué une zone périphé- rique du discours social et littéraire circulant en Afrique et en Occident. Léonora Miano restitue à la place qu’elle mérite une littérature vivante, ultra contemporaine, et entend pour ce faire réévaluer les discours d’une opinion publique trop sûre d’elle-même et de ses valeurs.
Dans Afropea : Utopie post-occidentale et post-raciste, Léonora Miano examine et déconstruit les mots piégés tels que la « nation », l’« Afrique », le « noir » et fait voler en éclats des valeurs de référence comme l’appartenance ou le pouvoir, qui minent les débats contemporains. Elle élargit les bornes de notions capitales comme la liberté, le féminisme ou la justice. Elle revendique le mélange et enjoint de cesser de sommer les êtres humains de choisir entre plusieurs possibles. Et comme « il y a toujours, dans le soubassement de la phrase, une multitude d’autres langues », elle requiert d’habiter la frontière, parce que résident forcément, en chacun d’entre nous, des ancêtres innommés aux destinées douloureuses, aux décisions contradictoires, et aux silences écrasants.
Les questions qu’elle pose dans des textes plus poétiques mais toujours politiques comme dans Ce qu’il faut dire sont implacables et indispensables :
« Comment fraterniser.
Quand les héros des uns sont les bourreaux des autres. » ?
Dans L’autre langue des femmes, elle affirme la nécessité de l’auto-détermination des femmes sub- sahariennes, trop longtemps contraintes de choisir entre l’exemple occidental ou oriental. À travers le portrait d’une multitude de personnalités féminines et de mou- vements locaux, elle enjoint le lecteur à écouter – enfin – et à s’inspirer de parcours de femmes « ne se définissant pas à travers l’action négative d’autres sur elles, et n’at- tendant pas d’avoir des modèles pour inventer leur vie ».
L’écriture de Léonora Miano allie un franc-parler redoutable à une profondeur poétique aux dimensions tragiques, sans pathos ni sentimentalisme. Elle triomphe d’une double faculté de considérer le sens du monde comme il va, avec, tout à la fois, la rigueur d’un regard clinique et la chaleur d’une éthique humaniste et altruiste. Léonora Miano n’envisage pas la liberté comme un mouvement ascendant, de bas en haut, qui verrait cruellement s’éloigner le visage diminué de l’autre abandonné en bord de route, mais comme un geste vers l’extérieur, où la justice exigerait de ne jamais exclure ou marginaliser pour se définir ou s’affranchir.
Notice Bibliographique

Notice Bibliographique
