Les Rendez-vous littéraires
rue Cambon
invitent

Katie Kitamura

avec

Charlotte Casiraghi

Les Rendez-vous littéraires
rue Cambon
invitent

Katie Kitamura

avec

Charlotte Casiraghi

Pour la seizième édition des Rendez-vous littéraires rue Cambon qui s’est tenue à la librairie 7L, à Paris, CHANEL et Charlotte Casiraghi, ambassadrice et porte-parole de la Maison, ont invité la romancière Katie Kitamura.

Animée par la journaliste Caroline Issa, cette conversation consacrée à l’œuvre de Katie Kitamura aborde la façon dont chacun construit son identité — thème au cœur de son nouveau roman Audition — et le rôle essentiel de la lecture dans le processus d’écriture de l’autrice : « Lire est ce que je fais de plus intime et de plus optimiste chaque jour. Parce que quand je lis, je m’ouvre à d’autres façons de penser. Et j’espère que la fiction que j’écris permet au lecteur de faire de même. » Ensemble, elles évoquent également les enjeux contemporains rencontrés par les héroïnes romanesques de Katie Kitamura.

Pour la seizième édition des Rendez-vous littéraires rue Cambon qui s’est tenue à la librairie 7L, à Paris, CHANEL et Charlotte Casiraghi, ambassadrice et porte-parole de la Maison, ont invité la romancière Katie Kitamura.

Animée par la journaliste Caroline Issa, cette conversation consacrée à l’œuvre de Katie Kitamura aborde la façon dont chacun construit son identité — thème au cœur de son nouveau roman Audition — et le rôle essentiel de la lecture dans le processus d’écriture de l’autrice : « Lire est ce que je fais de plus intime et de plus optimiste chaque jour. Parce que quand je lis, je m’ouvre à d’autres façons de penser. Et j’espère que la fiction que j’écris permet au lecteur de faire de même. » Ensemble, elles évoquent également les enjeux contemporains rencontrés par les héroïnes romanesques de Katie Kitamura.

Katie Kitamura

Née en Californie, Katie Kitamura vit actuellement à Brooklyn. Elle est l’autrice de cinq romans dont Intimités (Stock, 2023) qui a fait partie des 10 meilleurs livres selon le The New York Times en 2021 et a reçu le Prix littéraire Lucien-Barrière en 2023, et a été finaliste du Prix Joyce Carol Oates et du Grand Prix de l’Héroïne Madame Figaro. Lauréate d’une bourse Guggenheim, du Prix de Rome de littérature et d’une bourse Cullman Center de la Bibliothèque publique de New York, son œuvre a été traduite en 22 langues et est en cours d’adaptation au cinéma et à la télévision. Elle enseigne le creative writing à la New York University. Audition, son dernier roman, paraîtra chez Stock en 2026.

Katie Kitamura

Née en Californie, Katie Kitamura vit actuellement à Brooklyn. Elle est l’autrice de cinq romans dont Intimités (Stock, 2023) qui a fait partie des 10 meilleurs livres selon le The New York Times en 2021 et a reçu le Prix littéraire Lucien-Barrière en 2023, et a été finaliste du Prix Joyce Carol Oates et du Grand Prix de l’Héroïne Madame Figaro. Lauréate d’une bourse Guggenheim, du Prix de Rome de littérature et d’une bourse Cullman Center de la Bibliothèque publique de New York, son œuvre a été traduite en 22 langues et est en cours d’adaptation au cinéma et à la télévision. Elle enseigne le creative writing à la New York University. Audition, son dernier roman, paraîtra chez Stock en 2026.

Écouter Le Rendez-vous Littéraire en intégralité

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Représenter l’incertitude : portraits de la féminité moderne de Katie Kitamura

Représenter l’incertitude : portraits de la féminité moderne de Katie Kitamura

Katie Kitamura écrit des romans dans lesquels les protagonistes ne disent jamais leurs noms – jamais. Durant deux cents pages, le lecteur est en compagnie de ces femmes sans jamais savoir comment elles s’appellent. Mais si elles restent anonymes, elles n’en sont pas pour autant effacées ; au contraire, elles sont puissantes, uniques. Ce que la plupart des écrivains pourraient considérer comme un défi fondamental dans le processus de développement des personnages, Katie Kitamura en a fait un art.

Diplômée de Princeton en littérature américaine et autrice d’une thèse de doctorat sur « L’esthétique de la vulgarité et le roman moderne américain » [“The Aesthetics of Vulgarity and the Modern American Novel”], Katie Kitamura explore le terrain mouvant de l’identité avec une rigueur académique et un instinct artistique. Sa longue pratique de la danse classique explique peut-être en partie sa fascination pour l’interprétation et la chorégraphie précise du comportement humain. Désormais enseignante de création littéraire à l’université de New York mais aussi bénéficiaire d’une bourse Guggenheim et d’un Prix de Rome en littérature, entre autres distinctions, elle est à la fois reconnue en tant qu’autrice et critique culturelle, publiant notamment dans le New York Times Book Review, The Guardian et dans la revue littéraire Granta. Ses romans – Gone to the Forest, The Longshot, Les Pleureuses, Intimités et plus récemment Audition – sont peuplés de personnages qui semblent mener des expériences sur eux-mêmes, qui se testent pour voir quel degré d’incertitude l’humain peut tolérer avant que quelque chose ne se brise. Dans son dernier ouvrage, elle scinde littéralement le récit en deux, nous offrant ainsi deux versions incompatibles de la même histoire.

Mais dans la fiction de Katie Kitamura se joue quelque chose de plus profond qu’une simple expérimentation structurelle. Les narratrices anonymes incarnent la préoccupation centrale de l’autrice : la nature volatile de l’identité. Comme elle l’a affirmé à Scott Simon de NPR [National Public Radio] : « Nous nous rendons compte que nous existons dans la représentation », faisant ainsi écho à la phrase controversée de Judith Butler selon laquelle l’être se construit à travers ce qu’il fait, non pas ce qu’il est. En conséquence, au lieu d’être tout simplement, les personnages de Katie Kitamura existent dans un devenir constant. La femme dans Audition est à la fois comédienne accomplie et mère potentielle, épouse repentie et narratrice peu fiable, comme autant de preuves que nos identités se façonnent dans un contexte donné et dans notre manière de le vivre, plutôt que dans quoi que ce soit de fondamental.

Si l’œuvre de Katie Kitamura est si troublante, c’est parce qu’elle sonde le fossé entre ce que nous vivons intérieurement et les rôles que nous interprétons pour les autres. Katie Kitamura écrit sur la fracture des relations qui s’étiolent, non pas en raison de trahisons dramatiques (même s’il y en a aussi), mais à cause des incompréhensions s’accumulant lentement et de l’érosion quotidienne de notre réalité partagée. Dans Intimités, roman qui lui a valu de figurer dans la sélection du National Book Award, elle suit une traductrice à la Cour internationale de La Haye chargée d’interpréter pour un criminel de guerre alors que se délite sa relation sentimentale relativement nouvelle. Deux formes de rupture se produisent simultanément, chacune renvoyant aux questions fondamentales que soulève l’autre quant à la vérité, la complicité et les histoires que nous nous racontons. L’approche de Katie Kitamura est virtuose en ce qu’elle fait de l’incertitude un personnage. Les protagonistes sont des femmes prisonnières du hiatus qui existe entre ce qu’elles savent et ce qu’elles peuvent prouver, entre qui elles sont et qui elles semblent être.

Ce thème de la traduction – au sens littéral aussi bien que métaphorique – traverse toute l’œuvre de Katie Kitamura. Ses personnages s’efforcent constamment d’interpréter, de décoder les comportements d’amants, d’amis et d’inconnus, pour finir par se rendre compte que les motivations humaines demeurent obstinément opaques. Le langage lui-même devient une barrière au lieu d’être un pont, les mots se révélant sans cesse inadéquats. Dans Les Pleureuses, telle une sorte d’anthropologue de son propre mariage raté, la narratrice anonyme observe la maîtresse grecque de son mari disparu et son environnement avec un détachement clinique, sans toutefois saisir pleinement la vérité de ce qui s’est produit.

La représentation, autre thème récurrent dans l’œuvre de Katie Kitamura, s’exprime tout particulièrement dans la façon dont ses narratrices se présentent au monde tout en dissimulant leurs tourments intérieurs. Sa fiction explore des personnages devenus experts en matière de cloisonnement émotionnel, des personnages profondément fragmentés, ambivalents par rapport à leurs propres désirs et leurs propres motivations. Chez Katie Kitamura, retenue émotionnelle est synonyme de grand art. Ses protagonistes ne crient ni ne pleurent ; elles observent les autres pleurer avec la fascination neutre d’anthropologues étudiant un rituel particulièrement étonnant. Elles ne s’emportent pas ; elles prennent avec précision la température de leur colère et la consignent quelque part afin d’y revenir plus tard. Katie Kitamura a découvert que les vérités les plus dévastatrices se cachent souvent dans les interstices entre les mots, dans les choses que ses personnages refusent de reconnaître, y compris en leur for intérieur.

Ces femmes font face aux pressions propres à la vie contemporaine : elles sont censées avoir tout compris, présenter au monde une identité cohérente et faire fonctionner les relations à la seule force de leur volonté. Mais Katie Kitamura propose quelque chose de plus honnête : des personnages qui vivent l’incertitude comme une forme d’authenticité. Pour sa thèse de doctorat, l’autrice a traité de l’esthétique de la vulgarité – vulgaire signifiant à l’origine, comme chacun sait, commun, voire ordinaire. Elle a continué à s’intéresser à l’ordinaire tout au long de son travail, et son génie réside aussi dans sa capacité à décortiquer les strates de l’assimilation pour démontrer que l’apparemment banal est profondément étrange. Ainsi, en examinant l’esthétique de l’ordinaire, elle révèle qu’en réalité, rien ne l’est.

Ses protagonistes féminines ne triomphent pas en suivant les fils narratifs traditionnels que sont la découverte de soi ou le bonheur amoureux. C’est parce qu’elles reconnaissent ne pas tout savoir qu’elles sont fortes, parce qu’elles refusent de feindre la certitude qui leur est étrangère qu’elles sont puissantes. Dans un paysage littéraire qui cantonne encore trop souvent les personnages féminins aux rôles de victimes ou d’héroïnes, Katie Kitamura crée un espace plus complexe dans lequel les femmes ne sont ni rompues ni réparées mais en devenir, sans relâche et avec courage. Butler déclare que « nous nous perdons dans ce que nous lisons, pour revenir à nous-mêmes, transformées et faisant partie d’un monde plus vaste ». À travers son œuvre, Katie Kitamura suggère que refuser de s’expliquer et revendiquer son droit à exister en posant des questions plutôt qu’en fournissant des réponses est peut-être la chose la plus radicale que puisse faire une femme dans la littérature contemporaine. Ainsi, ses portraits de la féminité moderne, d’une extrême justesse psychologique, démontrent que l’incertitude permet non seulement de s’exprimer artistiquement et personnellement, mais aussi de triompher.

Caroline Issa

Notice Bibliographique

Katie Kitamura, Gone to the Forest
Katie Kitamura, The Longshot
Katie Kitamura, Les Pleureuses
Katie Kitamura, Intimités
Katie Kitamura, Audition
Virginia Woolf, Mrs Dalloway
Anton Tchekhov, La Dame au petit chien
Annie Baker, The Aliens

Notice Bibliographique

Katie Kitamura, Gone to the Forest
Katie Kitamura, The Longshot
Katie Kitamura, Les Pleureuses
Katie Kitamura, Intimités
Katie Kitamura, Audition
Virginia Woolf, Mrs Dalloway
Anton Tchekhov, La Dame au petit chien
Annie Baker, The Aliens
POUR LA BIOGRAPHIE DE KATIE KITAMURA

Katie Kitamura, Intimités © Editions Stock pour la traduction française, 2023

POUR LE PODCAST

Katie Kitamura, Gone to the Forest © Clerkenwell Press, 2013
Gone to the Forest by Katie Kitamura. Copyright © 2012 by Katie Kitamura. Reprinted with the permission of The Free Press, an Imprint of Simon & Schuster, LLC. All rights reserved

The Longshot by Katie Kitamura. Copyright © 2009 by Katie Kitamura. Reprinted with the permission of The Free Press, an Imprint of Simon & Schuster, LLC. All rights reserved

A Separation by Katie Kitamura, copyright © 2017 by Katie Kitamura. Published by Riverhead, an imprint of Penguin Publishing Group, a division of Penguin Random House LLC
A Separation by Katie Kitamura © Clerkenwell Press, 2017
Excerpt from A Separation by Katie Kitamura, copyright © 2017 by Katie Kitamura. Used by permission of Penguin Random House LLC. All rights reserved

Intimacies by Katie Kitamura, copyright © 2021 by Katie Kitamura. Published by Riverhead, an imprint of Penguin Publishing Group, a division of Penguin Random House LLC
From Intimacies by Katie Kitamura published by Jonathan Cape. Copyright © Katie Kitamura, 2021. Reprinted by permission of The Random House Group Limited

Audition by Katie Kitamura, copyright © 2025 by Katie Kitamura. Published by Riverhead, an imprint of Penguin Publishing Group, a division of Penguin Random House LLC
From Audition by Katie Kitamura published by Fern Press. Copyright © Katie Kitamura, 2025. Reprinted by permission of The Random House Group Limited
Excerpt from Audition by Katie Kitamura, copyright © 2025 by Katie Kitamura. Used by permission of Penguin Random House LLC. All rights reserved

Mrs Dalloway © Virginia Woolf, 1925

The Lady with the Dog © Anton Tchekhov, 1899

The Aliens © Annie Baker, 2010. Published by Faber & Faber Ltd

If I Had a Hammer
Hays Lee, Seeger Peter, Ludlow Music Inc
© Ludlow Music via Tro Essex Music Ltd

POUR LE TEXTE DE CAROLINE ISSA

Katie Kitamura, The Aesthetics of Vulgarity and the Modern American Novel, 2005

Katie Kitamura, Gone to the Forest © Clerkenwell Press, 2013
Gone to the Forest by Katie Kitamura. Copyright © 2012 by Katie Kitamura. Reprinted with the permission of The Free Press, an Imprint of Simon & Schuster, LLC. All rights reserved

The Longshot by Katie Kitamura. Copyright © 2009 by Katie Kitamura. Reprinted with the permission of The Free Press, an Imprint of Simon & Schuster, LLC. All rights reserved

Katie Kitamura, Les Pleureuses © Editions Stock pour la traduction française, 2017

Katie Kitamura, Intimités © Editions Stock pour la traduction française, 2023

What value do the humanities have? © Judith Butler at McGill University, 2013